C’est l’histoire d’un homme qui s’est engagé dans le djihad à 21 ans, a croisé le fer avec le Grand satan occidental, durant deux décennies, pris le pouvoir par les armes, s’est fait ‘‘élire’’ président de la République, non pas par les urnes mais par la seule Bay’a (prestation d’allégeance) de ses disciples. Et le voici reçu avec les honneurs à l’Elysée et présenté comme un ‘‘modéré’’ ayant renoncé à la violence djihadiste, qui mènerait une transition démocratique dans son pays. Et ce alors même que ses disciples continuent à massacrer les minorités…
La révolution est en marche à Damas. Une fois de plus, en terre arabe, l’Histoire bascule et le peuple syrien retient son souffle. Bachar el-Assad a fui le pays et les islamistes ont pris le pouvoir. Pour quels lendemains ? Les bataillons conduits par Abou Mohammed al-Joulani, ancien djihadiste de Daech puis d’al-Qaïda dont il aurait divorcé en 2016, remercient Allah depuis la Mosquée des Omeyyades, à Damas, scintillant symbole du sunnisme. Des images qui marqueront l’Histoire dont nul ne sait comment elle tournera.
Les résultats du second tour des élections législatives du 7 juillet ont engendré une crise politique inédite en France. Une impasse due à l’absence d’une majorité parlementaire suffisamment large pour pouvoir gouverner de façon sereine et durable. Cependant, en dépit des risques de blocage qui menacent d’ébranler les institutions de le Vème République, il existe au moins 4 raisons de se réjouir de l’issue de ce scrutin :
Entre les peurs et les leurres, la France balance. Malgré les rodomontades de Jean-Luc Mélenchon qui, dès 20h07, le 7 juillet dernier, annonçait l’affaire bouclée en même temps – laissait-il entendre – que son attaché-case pour Matignon, rien n’est résolu. « Avoir évité le pire – l’arrivée de l’extrême droite au pouvoir – ne nous préserve pas d’un autre pire : l’ingouvernabilité du pays », prévient Bernard Cazeneuve, ex-Premier ministre socialiste (entre décembre 2016 et mai 2017), tendance gauche laïque et universaliste.
Le monde d’hier décrit par Stefan Zweig dans son exil brésilien en 1943 n’a jamais été si proche de nous. Sa déploration d’Européen, contemporain de l’engloutissement de tout ce qu’il aimait, nous poursuit alors qu’une nouvelle Europe et une nouvelle France surgissent des urnes du 9 juin, puis, dans notre pays, de celles des 30 juin te 7 juillet. La campagne de crise précédant le vote a été marquée par la disparition des principes-clés qui fondent notre civilisation : l’affrontement courtois, la rationalité contre le délire, la recherche du sens contre l’insensé et l’impensé.
La perte de ces concepts et l’absence de décence dans l’expression, marque d’une faillite morale et politique, ont ouvert la voie à une tragique concurrence des extrêmes. Elle a culminé dans un coup de théâtre – la dissolution du Parlement français – qui fait de l’hexagone le miroir vers lequel se tournent, fascinées, les démocraties du vieux continent.
Par un de ces hasards dont l’Histoire a le secret, la publication du récit de Salman Rushdie (‘‘Le Couteau’’, Gallimard, 2024) sur l’agression dont il a été victime le 12 août 2022 coïncide avec l’attaque sans précédent lancée contre Israël le 14 avril dernier par la République islamique d’Iran. D’un côté, l’écrivain survivant raconte son expérience de mort imminente face à « l’homme en noir, vêtements noirs, masque noir sur le visage, qui arrivait, menaçant et concentré, un véritable missile ». De l’autre, 300 drones et missiles chargés de soixante tonnes d’explosifs fonçaient dans la nuit moyen-orientale vers l’État hébreu.
« Les mots ont un sens » : ce rappel émane du Quai d’Orsay à l’annonce des premières conclusions de la Cour internationale de justice de La Haye dans le procès intenté par l’Afrique du Sud à Israël, accusé de génocide contre les Palestiniens à Gaza. Les mots ont un sens et, en l’occurrence, le mot ‘‘génocide’’, forgé au lendemain de la Shoah par le juriste Raphaël Lemkin, rescapé de l’extermination nazie, a été détourné de son sens par le pays accusateur, ami de l’Iran, comme par les juges de La Haye. La Cour, certes, n’a pas encore prononcé d’avis définitif. Mais elle ordonne à l’État hébreu « d’empêcher tout acte de génocide et de prévenir et punir son incitation ». Le Hamas a immédiatement applaudi cette nouvelle en claironnant qu’il fallait « forcer les occupants à exécuter les décisions de la Cour ».
Depuis le lancement, en mai 2019, du site Global Watch Analysis et du mensuel Écran de Veille – qui se définissent comme des médias progressistes, laïcs et humanistes, dédiés à la résistance aux fanatismes – nous avons placé la lutte contre l’antisémitisme au cœur de nos combats. En témoignent des dizaines d’enquêtes, interviews et éditoriaux publiés sous les plumes de Ian Hamel, Martine Gozlan, Jean-Marie Montali et Atmane Tazaghart.
Chapeau bas à l’illustre analyste de la vie politique française, Jean-François Kahn : il y a un an, lors d’une interview qu’il nous a accordée, à l’occasion de notre Hors-Série ‘‘Comment résister à la crétinisation du monde’’, il mettait en garde – avec le brio qu’on lui connaît – contre la ‘‘fascisation des esprits’’. Et l’auteur de ‘‘Comment en est-on arrivé là’’ précisait que le fascisme ne nait pas de la montée de l’extrême droite ou de l’extrême gauche, mais de la jonction de ces deux extrêmes.
Nous y voilà !
S’il est vrai que la vieillesse est un naufrage, dans le cas du raïs palestinien Mahmoud Abbas (85 ans), cela s’apparente davantage à une longue et lamentable noyade qui entraîne dans son sillage la Palestine toute entière et sa juste cause. Usé physiquement, isolé et contesté politiquement, Abbas multiplie les gaffes et aberrations, depuis de longues années. Ultime dérapage, s’exprimant le 24 août dernier devant le ‘‘conseil révolutionnaire’’ de son parti, le Fatah, il a proféré de gravissimes propos antisémites : « Hitler n’a pas tué les juifs parce que juifs […] mais uniquement à cause de leur statut social d’usuriers » a-t-il asséné.
Le raïs palestinien reprenait ici une théorie fumeuse qu’il avait déjà développée lors d’une ‘‘leçon d’Histoire’’ prononcée devant le Conseil national palestinien, à Ramallah, le 30 avril 2018, selon laquelle « la raison de l’holocauste n’est pas l’antisémitisme des Nazis, mais le ‘‘comportement social’’ des Juifs » ! Mais dans ses élucubrations du 24 aout dernier, il a enrichi cette théorie infamante d’un argument nouveau teinté de complotisme : dans une délirante tentative de prouver que les « nazis n’étaient pas antisémites », il avançait l’étrange argument selon lequel « les juifs ashkénazes ne sont pas sémites », car « ils sont les descendants des Khazars [peuple turc ancien] qui n’ont rien à voir avec le sémitisme ». Ce qui, bien entendu, n’a aucun fondement historique !